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"Covid 19 : S’adapter face à la crise"

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Jean-Marc LAMBIN Directeur général adjoint de Noréade, régies SIDEN-SIAN témoigne sur cette situation inédite.

Le SIDEN-SIAN distribue l’eau potable et traite les eaux usées dans plus de 700 communes du Nord, du Pas-de- Calais, de l’Aisne et de la Somme. Sa régie SIDEN-SIAN Noréade Assainissement exploite ainsi plus de 250 stations d’épuration situées principalement en zone rurale et produisant chaque année plus de 8000 tonnes de boues (matière sèche).

Comment étaient gérées vos boues avant la crise sanitaire ?

Depuis 40 ans, le SIDEN-SIAN valorise en agriculture l’ensemble des boues de station d’épuration dont la composition est conforme aux exigences réglementaires.

Le principe de proximité a toujours prévalu, et nos partenaires agriculteurs sont situés dans les territoires proches des gisements de boues.

Environ 20% des boues sont habituellement épandues sous forme liquide. Le restant subit une déshydratation pour être épandu sous forme solide.

Dans une stratégie d’optimisation logistique, le SIDEN-SIAN met en œuvre depuis plus de 10 ans un plan de gestion des boues favorisant les regroupements sur plusieurs sites de déshydratation, sans mélange ou avec mélange autorisé pour les petites productions.

Quelles répercussions la crise a-t-elle eu sur vos filières ?

En mars 2020, l’épidémie de Covid-19 a bouleversé les habitudes.Aucun laboratoire n’étant en mesure de rechercher le coronavirus SARS-CoV-2 dans les boues, le gouvernement a décidé, par arrêté en date du 30 avril, d’interdire l’épandage de boues non hygiénisées, par principe de précaution. Le SIDEN-SIAN avait anticipé et pris la décision de suspendre tout épandage de boues liquides à partir du 3 avril 2020, dès la publication du premier avis de l'ANSES. Les équipes Noréade ont dû s’adapter au plus vite pour organiser l’hygiénisation de l’ensemble des boues, et notamment de celles issues de la quarantaine de stations d’épuration dont tout ou partie de la production était habituellement gérée en liquide.

La gestion du SIDEN-SIAN par unité de regroupement, avec ou sans mélange,pour le traitement des boues par déshydratation et chaulage, s’est révélée très utile en cette période complexe.

Pour les boues habituellement déshydratées sur les sites SIDEN-SIAN, le taux de chaulage a été rapidement augmenté afin de s’assurer de l’hygiénisation. Ce surchaulage entraine une quantité de boues déshydratées plus conséquente à gérer ensuite.

Une partie des boues habituellement épandue sous forme liquide a pu être réorientée vers les plateformes Noréade équipées d’une centrifugeuse ou d’un filtre-presse, ce qui n’a pas été sans poser de problèmes logistiques et organisationnels.

Dans les secteurs plus isolés où aucune plateforme ne pouvait accueillir de production supplémentaire, le SIDEN-SIAN a dû faire appel à un prestataire extérieur,dans le cadre d’un marché public, qui a mis en œuvre des outils de déshydratation mobile sur plusieurs sites. Ceci concerne notamment les secteurs du Quercitain et de l’Aisne.

Une petite partie de la production a été orientée vers une autre filière hygiénisante : le compostage, grâce à un marché public existant.

Enfin, pour quelques stations dont les capacités étaient suffisantes, les boues ont été stockées pour une gestion ultérieure. L’épidémie faisant encore partie de notre quotidien, celles-ci devront être hygiénisées en 2021.

Avez-vous estimé les répercussions financières de cette crise et comment envisagez-vous la suite ?

Pour 2020, ce sont environ 33000 m3 supplémentaires par rapport à une année normale qu’il a fallu réorienter vers une filière de déshydratation et surchaulage. Les chiffres seront encore plus élevés pour 2021, car l’année dernière quelques épandages précoces de boues liquides avaient pu être réalisés en fin d’hiver.

Les conséquences financières de la crise sanitaire sont importantes et elles se déclinent sur plusieurs postes :

  • surcoût lié aux analyses,
  • surcoût lié au transport : transfert de boues liquides vers le site de déshydratation et de chaulage, reprise des boues chaulées et retour vers les parcelles des agriculteurs du plan d’épandage,
  • surcoût lié à une consommation accrue d’additif (surchaulage) pour atteindre et maintenir un pH assurant l’hygiénisation,
  • surcoût lié à la déshydratation de volumes supplémentaires sur les sites Noréade (énergie électrique, main d'œuvre, usure matériel),
  • surcoût pour la mise en œuvre d’outils de déshydratation mobile,
  • surcoût pour l’achat d’équipements de protection individuelle pour les agents travaillant sur le réseau et les stations d’épuration…

Ces dépenses supplémentaires n’ont été compensées qu’en partie par les aides des Agences de l’Eau.

Il faut également considérer le temps passé par les agents pour toute la logistique : manutention sur les plateformes, prélèvements quotidiens pour analyses, le tout dans des conditions de travail difficiles.

Par ailleurs, en plus de l’aspect financier, nous faisons face à la réticence de certains de nos partenaires agriculteurs habitués aux boues liquides, qui sont peu favorables à recycler des boues dont les pH sont très (trop) élevés par rapport aux besoins des sols…

Malheureusement, les modifications réglementaires à venir nous font craindre de ne plus pouvoir revenir à des épandages de boues liquides, qui sont pourtant satisfaisants dans bien des situations. Au-delà de la crise sanitaire, c’est également le projet de socle d’innocuité pour les matières fertilisantes, en cours de consultation, qui assombrit l’avenir de la filière recyclage de boues en agriculture dans son ensemble...

Pour en savoir plus sur les aides des agences de l'eau :cliquez ici

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